Coller pour respirer

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C’est avec les collages que j’ai commencé à réfléchir à ma pratique artistique. Mais je pense que je ne me rendais pas compte que j’entamais ma démarche féministe. Depuis toujours, passionnée de surréalisme, j’ai beaucoup pratiqué le collage de manière « automatique » : passer des heures à découper dans des magazines tout ce qui m’interpelle, sans vraiment me demander pourquoi. Ensuite, je regardais tous les morceaux de magazines qui m’entouraient, ce que j’avais découpé, déchiré, parfois même des chutes qui avaient une belle forme, ou qui comportaient un bout de quelque chose. Enfin, je composais.
En fait, ce processus de découpage / composition / collage était incroyablement relaxant. C’était comme si à chaque collage que je finissais, j’y laissais une partie de mon mal-être, une gêne, une tristesse, une frustration. Ensuite je me sentais bien, vidée. En quelque sorte exorcisée de mes complexes.

« Des corps d’hommes dans des positions sensuelles »

Sensuous transgender woman smiling while standing over gray background

Petit à petit, je me suis rendu compte qu’il y avait des choses qui revenaient : des têtes d’hommes sur des corps de femmes, des parties de corps qui se mélangent. Mais aussi, des suggestions sexuelles, des corps d’hommes dans des positions sensuelles, des yeux. Je crois que les sujets que j’aborde aujourd’hui sont les mêmes : le corps – la vision qu’on en a, les complexes qu’on en fait, la virilité, la féminité ; cette pression mise aux femmes de se distinguer des hommes en se maquillant, en s’apprêtant, en se peignant les ongles, etc.

Visiblement, j’avais besoin de dire quelque chose de féministe. Je ne me sentais pas à l’aise dans toute cette mascarade patriarcale.

« Une femme qui s’épile pas ? Vous êtes totalement fous »

En fait, c’est comme si on passait notre temps à prouver ce qu’on avait dans le pantalon. T’es féminine ou viril si tu sais prouver que t’es biologiquement une femme ou un homme et que t’es hétérosexuel.le. Et, si par malheur tu venais à abandonner le jeu de la genrisation…

Une femme qui s’épile pas et porte des vêtements amples sans une bretelle en dentelle qui dépasse ? Un homme avec du vernis à ongles, avec un t-shirt court et moulant ? Vous êtes totalement fous.

…Ta sexualité est mise en jeu : « il a l’air gay », « elle doit être lesbienne ». Si on reprend l’équation, ça donne :

 Constante

Portrait of a drag queen smiling in front of camera – Lgbt and transgender concept

SI Femme = féminité

= hétérosexualité

SI Homme = virilité 

Variable

SI Femme = virilité

= homosexualité

SI Homme = féminité

Ça m’a pris 4 ans pour me dire « je suis une artiste féministe »

Tout autre combinaison semblerait alors hors du schéma sociétal, exclu de la vision de normalité. Je ne vous parle même pas de toute considération en dehors de la binarité femme/homme, là on se situerait à peu près dans une autre galaxie.

Je suis la seule à rire derrière mon ordi tellement c’est absurde ?

Portrait of young handsome androgynous businessman wearing lipstick and exploring the city of Bangkok, Thailand

Alors voilà, je pense que c’est ce que racontent mes collages faits entre 2014 et 2018. Ça m’a pris 4 ans pour dire « je fais des collages féministes ». Je crois que même à ma première exposition en 2017 j’ai évité le mot. Il n’en reste pas grand chose de ces collages. Et je ne sais pas si ils vous parlent. Pour tout vous dire, j’ai beaucoup hésité à les mettre en ligne et encore plus à les vendre. Mais je suis fière du chemin parcouru, et heureuse de mes débuts, alors j’avais envie de les partager avec vous. 

Note : 5 sur 5.

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