Tous sacrés au nom de la beauté

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Mars 2020 : Confinement. Mon appartement est en travaux (depuis 4 mois). J’ai donc pris mes cliques et mes claques et suis gentiment partie me confiner chez ma tante. Je finissais une formation de web design commencée en janvier. Sauf que rester sur Photoshop/Illustrator et coder toute la journée, ça faisait (un peu) beaucoup. Et puis j’avais pas vraiment fait de nouvelles créations depuis Gold Diggers. Il était temps de redonner un petit coup de féminisme à mon inspiration.

Les retours de cette précédente série de dessins avaient d’ailleurs été assez homogènes : pourquoi je  ne mettais pas de couleurs ? J’avoue que j’ai pas su répondre. La couleur était quelque chose d’inexploré, alors j’avais sans doute encore peur de ne pas pouvoir assurer.

Des couleurs au service du féminisme, c’est possible ?

J’ai du revenir à une question encore plus basique : Pourquoi je crée ? D’où m’est venu ce besoin, cette envie de parler de mes complexes, de mon rapport à la féminité, de mon attirance pour la fluidité des genres ?

Comme je l’explique brièvement dans l’introduction, toute ma réflexion avait débuté quand j’habitais à Sydney. Entourée de personnes volontaires pour m’aider dans la création de mon projet, je me suis mise à faire des photos où j’inversais les rôles.

De là, je me suis mise à me demander « après tout, pourquoi on vit comme ça ? Pourtant, tant d’entre nous ressentent un mal-être permanent à cause de la pression genrée qu’on vit au quotidien ». Difficile de se retrouver dans ce grand théâtre dont nous sommes malgré nous les acteurs exploités. Et pas forcément évident de trouver sa place dans un féminisme constamment déformé par les médias. Il fallait encore creuser.

« Et si je pouvais inventer une nouvelle mythologie de la sainteté ? »

Après moult lectures sur les mythologies et religions du monde ça me paraissait évident : nos comportements étaient dictés par les dieux. Peu importe ici mon appartenance religieuse, qu’elle existe ou pas. Je pense que la religion est en partie ce qui nous a façonné.

Et vivre dans un pays laïc n’y enlève rien.

C’est pour cette raison que j’ai voulu réutiliser le vitrail pour colorer mes créations. Et si je pouvais recréer une mythologie de la sainteté ? Très (trop) ambitieux, je vous le concède. Mais l’idée était là : j’avais envie de rendre sacré le corps, la sensualité, la confusion des sexes. Me réapproprier l’espace sacré et montrer la beauté dans son individualité. Les corps sont parfois amputés d’un membre, décharnés : est-ce que les complexes ne nous amputent pas d’une partie de nous dont on aimerait se débarrasser ?

À force d’être nourris au quotidien par l’image de la « perfection physique », on ne trouve plus sa place.

Surprised plump man with thick beard dressed like superhero raises palm and holds invisible object demonstrates copy space has big belly sticking out from undersized black t-shirt.

Dans les films, les séries, les magazines, les pancartes publicitaires, les réseaux sociaux : la beauté est blanche et a le ventre plat. Oui, maintenant il y a des mannequins grandes tailles ; oui, il y a plus de mannequins noir.e.s aujourd’hui, oui, oui. Je ne dis pas que les choses n’évoluent pas, et encore heureux, ça progresse. Mais les complexes ont la peau dure, la stigmatisation est encore bien réelle et les représentations de canons de beauté hors du cadre de la minceur occidentale restent largement minoritaires. Comment ne pas se retrouver dans une logique féministe, je vous le demande.

Celebrating happiness, young woman dancing with big smile throwing confetti

C’est pourquoi dans cette série de dessins, les visages ne sont pas réalistes, presque « alienesques », et les corps dégoulinent.

Pour moi c’est aussi ça le féminisme : rappeler aux gens qu’ils sont beaux, qu’ils méritent d’exister, que leur vie a de la valeur et même si ce monde est fou, on trouvera un moyen de se respecter, s’apprécier et se tolérer sans condition de couleur de peau, de sexualité, d’identité de genre ou de taille.

Note : 5 sur 5.

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