Mon weekend avec Fatima Daas

Nous sommes le 9 janvier 2021. Il fait 2°C à l’extérieur, le ciel est bleu, pas un nuage présent, juste le chant des goélands et le bruit lointain de la mer d’Iroise. C’est un temps qu’il me faut habiter malgré le froid, malgré l’envie de rester couchée au chaud sous ma couette. Je choisis de me plonger dans le livre qui m’a été offert lors de l’initiative « Cadeau de Noël secret » lancée par une des membres du groupe Facebook « Lectures Féministes« .

Découvrir l’objet et s’amouracher de son enveloppe

Tellement contente d’avoir reçu cet ouvrage que j’avais envie d’acquérir. C’est donc avec enthousiasme que je pioche « La Petite Dernière » de Fatima Daas, dans ma bibliothèque féministe !

La couverture me plaît. Le visuel de la première de couverture est de Paprika. Ce sont quelques tiges florales, en noir et blanc, dont une des fleurs est rouge. Ça me rappelle le visuel du film « La liste de Schindler » de Spielberg. Vous savez ce plan où se détache une petite fille au manteau rouge ? Ce manteau rouge qui m’a fortement affectée, à la fois si bref et si marquant, rare touche de couleur dans le drame en noir et blanc. Ce petit détail m’intrigue et me donne envie de continuer à investir ce livre.

En haut à gauche le prénom et nom de l’autrice qui fait écho au titre placé en bas à gauche de la première de couverture. En haut, à droite, le nom de la maison d’éditions « NOTABILIA ».

Sur l’autrice, j’apprends qu’elle se définit comme féministe intersectionnelle, ça me plaît parce que ça résonne en moi. Je me plonge d’autant plus avec plaisir et délectation dans sa lecture.

Une histoire d’espaces trop grands ou trop exigus

Dès les premières lignes, j’ai le sentiment intime de connaître l’autrice. Son histoire familiale, c’est un peu la mienne. Je sens les battements de mon cœur pulser en synchronisation avec le rythme de son écriture. Elle se raconte. Entière, sans voile, transparente, et ça me prend aux tripes. Ça me coupe le souffle.

Ça me bouleverse à chaque chapitre où elle me conduit à des époques différentes de sa vie, son enfance, ses années collèges, ses séjours à l’hôpital parce que asthmatique. Ses années lycées, la classe préparatoire de lettres, sa famille, ses amours, ses ami.e.s, ses nuits et ses jours.

« La Petite Dernière », de Fatima Daas, c’est une histoire d’espaces trop grands ou trop exigus. C’est une histoire de Royaume Maternel, de foyer où des feux couvent. L’histoire d’un placard d’où il est si dur de sortir, et il y a des circonstances où sortir du placard n’est pas une option possible immédiatement. Jusqu’à ses 29 ans, ce fut le cas pour Fatima.

L’histoire d’une fille, d’une femme, d’un voyage

C’est l’histoire d’une fille qui s’est tout d’abord évitée. Qui, à travers la maladie, celle qui coupe le souffle, qui étouffe, qui bloque, qui bouche ses voies respiratoires et sa capacité à s’ouvrir aux autres, aux femmes qui traversent sa vie, va se raconter par bribes, par touches, par anecdotes marquantes.

C’est l’histoire d’une fille qui, par la rencontre d’elle-même à travers les autres, oeuvre à l’acceptation de ce qui lui semble inacceptable au moment où elle écrit. L’histoire d’une fille qui, à travers ses rencontres et relations lesbiennes, va tenter d’apprendre ce que veut dire aimer / s’aimer / donner de l’amour.

C’est l’histoire d’un voyage… ou plutôt de plusieurs voyages, de Clichy à Paris, de Paris à un village en Algérie, c’est l’histoire d’une fervente musulmane qui tente de trouver la paix avec elle-même quant à ce qui n’est pas un choix, c’est l’histoire d’une fille qui aime Dieu tout en œuvrant à s’aimer entière car c’est une fille qui tente de tout contrôler en elle, même l’incontrôlable.

C’est enfin l’histoire d’une fille qui aime la fragilité, l’hypersensibilité chez les femmes qu’elle désire, mais pas en elle.

Le Royaume Maternel

Je tourne la dernière page de cet ouvrage qui se termine dans le Royaume Maternel, tel qu’il a commencé. Et je reste silencieuse un long moment, habitée par d’étranges sensations.

Un mélange d’admiration, d’exaltation, physiquement atteinte, psychiquement troublée, émotionnellement transportée… Fatima Daas m’a touchée au cœur, son écriture m’a transportée.

A l’écriture de cette chronique je reste émue et c’est avec un grand cri du cœur que je vous recommande la lecture de « La Petite Dernière ».

Quelques extraits :

 » _ On s’est immergées dans le monde lesbien, les afterworks en non-mixité, les soirées Barbieturix, les soirées queers à la Java. Je pensais ces espaces comme des refuges. […] J’ai compris que partir ne signifie pas nécessairement rompre et abandonner. » (p.84)

 » _ Je crois que l’amour va toujours de pair avec l’amour, on ne peut pas aimer tout seul de son côté, je n’y crois pas à ça, je ne crois pas aux amours désespérés qu’on vit solitairement. […] Ce n’est pas possible d’aimer quelqu’un à qui vous ne plaisez pas du tout, que vous ennuyez totalement, je ne crois pas à ça. » (p.149)

 » _ Mais si on aime quelqu’un qui ne nous aime pas, on lui fait quand même des madeleines ? _ On n’aime pas les gens parce qu’ils nous aiment en retour. On les aime c’est tout. » (p.185)

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Note : 5 sur 5.

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