Mes jours et mes nuits avec Luz Volckmann

C’est un petit livre d’un vert kaki, je dirait même kiwi. Ce qui m’a attiré d’emblée ce sont ces grands yeux, d’un bleu discret, qui me fixait. Et ce corps, ouvert, dont les bras ailés de plumes et de poils, le ventre et les cuisses, semblaient me dire « Viens, toi qui me regarde, viens à ma rencontre ». En fait, Les Chants du Placard, c’est un titre qui interpelle toutes celles et tous ceux qui ont une fibre militante en elles.eux.

Illustration de Camille Laforcenée, Et mes ailes et mes poils, 2019 pour la couverture de Les chants du placard, éditions blast

Les Chants du Placard, mais de quels chants s’agit-il ?

Mais de quel Placard veut-elle nous parler ?

« Un endroit qui abîme. Un abîme pour contorsionnistes que nous devenons malgré nous, dont on ne se dépêtre jamais totalement” nous décrit Luz Volckmann, pour entrer dans le vif du sujet.

“Le Placard n’a pas de langage et n’a pas d’odeur. Il n’a pas non plus d’ombre où l’on aurait pu se cacher. Le Placard, ça n’existe pas et pourtant, ça produit toujours plus d’enfants silence. Il nous enfante mais en prenant toujours le soin de nous défigurer. (p.8)”.

Le placard “dans lequel on enferme les trans, les queers, les anormales” ajoute-t-elle.

Luz, comme moi ! Luz, lumière en espagnol. « Sigue la Luz »! Alors, j’ai décidé de suivre Luz Volckmann dans le récit intime, militant et poétique qu’elle nous offre malgré elle dès les premières pages. Elle nous le dit elle-même : ses mots explorent un recoin infime du placard qui est le sien :

« Je ne les offre pas, continue-t-elle, ils n’ont rien d’un cadeau. »

Et pourtant, merci Luz de partager ces recoins du placard.

Ce sont trois recoins du placard que l’écrivaine explore…

…en nous narrant trois temps.

  • Les deux premiers à la première personne du singulier “JE”
  • et le dernier temps à la troisième personne “ELLE”.

Tout d’abord, le souvenir d’une intense amitié, à qui, les mots qui retracent les souvenirs, rendent un dernier hommage. Ensuite, le retour dans le village familial, pour se tenir debout face à ce lieu et à ces gens.

Pour régler son compte à l’enfance et à l’adolescence : « lieux de tous les crimes commis au nom de la salvation » (p.47). Car “les visages de cette enfance, les corps de ce pays sont pétris dans le mépris moderne.” (p.41) et pour faire son deuil de ces lieux meurtriers, il est nécessaire d’y revenir en mots, en chair et en os.

Du placard au corps brisé

Enfin, sont décrits les recoins de la douleur, du corps meurtri et endolori. Par l’ossature dorsale cassée, par la structure vertébrale contorsionnée et tordue, que la médecine va déchirer, casser, façonner, et figer de métal. Mais l’autrice ne s’arrête pas là. À côté de la douleur, de la mort et de ses deuils, il y a ce moment divin qui arrive.

Il arrive comme une (re)naissance, où le corps façonné et restructuré de la protagoniste va exploser de vie. Où, à l’occasion d’une échappée belle nocturne, le cœur et le corps mêlés de rage et de joie, ELLE se transfigure en Femme Debout au contact de l’eau glacée océanique.

J’ai vécu des jours et des nuits en lecture avec Luz Volckmann, lisant et relisant ses mots. Tout en faisant le tour maintes et maintes fois des recoins de ce Placard.

Un ouvrage à l’image de son titre : une onde de choc… qui pousse et grandit

Parce qu’une seule lecture ne suffit pas à saisir la profondeur et la poésie de ses propos. Car ce livre est une bouffée d’oxygène dans toutes les lectures féministes que j’ai pu faire jusque-là.

Et parce que les éditions blast « défendent une littérature d’essai et de création politique, une littérature qui pense l’articulation des oppressions et des luttes et qui ouvre des perspectives depuis le champ des résistances antiracistes, féministes, queers et anarchistes ».

Finalement, parce que « blast » veut dire « effet de souffle, onde de choc, attaque radicale » et désigne « ce qui germe, s’enracine, pousse, parasite, grandit, engendre ».

Je vous recommande cet ouvrage sublime, écrit par Luz Volckmann, qui se décrit elle-même comme « féministe, trans et militante ».

Retrouvez Luz sur Facebook et Instagram

Note : 5 sur 5.

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