Mes Heures Intenses avec Hélène Rénaté

Un premier roman qui donne des coups à la Despentes

Ce que j’ai vécu, à cette époque, à cet âge-là, était irremplaçable, autrement plus intense que d’aller m’enfermer à l’école à apprendre la docilité, ou de rester chez moi à regarder des magazines. C’était les meilleures années de ma vie, les plus riches et tonitruantes, et toutes les saloperies qui sont venues avec, j’ai trouvé les ressources pour les vivre.” (p.44, King Kong Théorie de Virginies Despentes).

Voilà à quel passage et à qui, Hélène Rénaté m’a fait penser. Son livre dépeint avec puissance une vie, inspirée par celle de l’autrice, la vie de trois sœurs. C’est une autofiction poignante, qui provoque des émotions aiguës. Ça m’a fait monter les larmes aux yeux dès le début, en hyperémotive et hypersensible que je suis. Inévitablement, cette lecture m’a remuée, mais de la meilleure manière qui soit. Ses mots, ses phrases sont venus résonner au plus profond de ce que j’appelle mon corps mémoriel, ma mémoire incarnée.

Trigger Warning : maltraitances, violences physiquesviolences sexuelles, suicide

Oui, je préfère vous prévenir pour vous laisser le temps de vous préparer à la lecture de ce puissant récit. L’écriture est incisive, et l’atmosphère pénétrante ;

Mais aussi la narration est crue, intimiste et sans pathos, sans concession et profonde sur ces débuts de vie chaotiques. Un récit à la portée révolutionnaire et universelle. Merci Hélène Rénaté !

Illustration d’Hélène Rénaté et Hina par Dan Christensen

Entre sororité et résilience

Me voilà plongée sur plusieurs jours dans le récit des saloperies que la vie a fait vivre à ces trois sœurs :

  • Adé l’aînée : “la force, le modèle et la compagne d’arme” de l’héroïne,
  • la cadette,
  • et enfin Séverine (Sév) la petite dernière, celle qu’il fallait à tout prix protéger, aimer et accompagner jusqu’à la fin.

Le livre d’Hélène nous plonge dans les ressors incompréhensibles de la résilience sororale. La résilience face à une mère en situation d’alcoolisme. Face aux violences physiques et verbales, à la violence sexuelle. La violence des placements par l’ASE anciennement DDASS. Et à la violence médicale, notamment en matière de maladie psychiatrique telle que la schizophrénie.

Un récit sorti des tripes

L’autrice ne se plaint pas, ne s’apitoie de rien. Par ses mots crus, ses descriptions des faits sans détours, pas de chichis, pas plus que de fantaisie verbale. C’est de ses tripes, du fond de son ventre qu’Hélène nous parle. Elle nous permet de comprendre, un tant soit peu, le vécu intime des enfants placés dans des familles d’accueil.

Le vécu de l’intérieur d’une sœur face à la schizophrénie d’une autre. Et face aux saloperies que la vie peut apporter. 

Schizophrénie et amour absolu

La schizophrénie, cette maladie psychiatrique caractérisée, selon la médecine, par un ensemble de symptômes comme :

  • les délires,
  • les hallucinations,
  • mais aussi le retrait social
  • et les difficultés cognitives.

Je découvre l’ambivalence des sentiments pour sa sœur, cet amour absolu, et cette colère voire ce rejet total que cette sœur cadette éprouve. Tout à la fois cela émeut, nous questionne. Elle nous met à l’épreuve de nos propres préjugés face à la maladie mentale. On se rend compte qu’elle est si mal racontée dans les médias, si mal représentée dans la société :

Je ne sais plus si j’ai une sœur ou une porteuse de maladie”(p.73), nous dit-elle.

La force du récit d’Hélène Rénaté ? C’est sa véracité dans ce qu’elle ressent et pense dans cet espace-temps, dans ce qu’elle vit par et avec sa sœur.

Extrait de Mais di seulement une parole

Ne vous méprenez pas! La sœur de l’autrice est bel et bien vivante. Et le choix de l’autofiction a permis, je pense, à l’autrice d’imaginer le scénario de l’accompagnement de sa sœur jusqu’à l’ultime non-retour.

Une oeuvre littéraire qui ouvre les yeux, le coeur et le cerveau

L’héroïne du roman éprouve un amour intense pour cette sœur “encombrante”. Tout comme l’autrice éprouve un profond et sincère amour pour la sienne. La maladie qui est décrite dans le roman participe à l’ambivalence des sentiments chez les proches et les aguerris. Dans le sens où elle les accoutume à mener une vie de combattant. Avec les fatigues et les dangers qu’elle entraîne :

J’ai beau savoir que ce n’est pas sa faute, que ce sont des effets des médicaments, sa lenteur me fait enrager. Elle écoute lentement,  répond lentement et sans précision” (page 68)

Elle l’aime sincèrement cette petite sœur qui demande tant, voire trop. En fait, cette jeune femme à peine sortie de l’adolescence s’est investie de ce rôle de maman oiseau, pour reprendre ses mots : 

Je lui explique que le personnel soignant ne l’aime pas comme je l’aime car ils ne sont pas de sa famille, qu’on ne peut pas attendre d’eux l’empathie et l’écoute dont elle a besoin en quantités hallucinantes ; mais qu’en partant de ce point de vue elle n’a pas besoin de leur approbation ou de leur soutien comme on a besoin l’une de l’autre.” (p.106).

Une oeuvre qui fait écho

Pour moi, Mais dis seulement une parole fait partie des œuvres littéraires qui vous ouvrent les yeux, le cœur et le cerveau, sur des sujets rendus tabous par la société patriarcale, dans laquelle nous sommes tombé.e.s à la naissance malgré nous. 

Oui, quand je lis Hélène Rénaté, je pense à :

En conclusion, le livre d’Hélène Rénaté fait partie de ces oeuvres qui permettent la déconstruction des stéréotypes. Ces oeuvres qui démontent les préjugés. Celles qui nous montrent comment tous ces sujets traités par ces témoignages, ces récits vécus et vivants, ont été rendus tabous et complètement déformés par la société.

Alors, c’est avec une conviction profonde et militantisme que je vous encourage à lire Mais dis seulement une parole d’Hélène Rénaté, aux éditions AMOK. Merci encore une fois Hélène pour ce partage !

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Note : 5 sur 5.

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